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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 18:50

              

 

 

                   J'ai écrit  ” Un pas au delà des murs”.  Témoignage autobiographique, que les éditeurs trop frileux ont refusé de publier. Je ne suis pas le fils caché d'Yves Montant ni le Paris Hilton de magasines peoples et encore moins sérial killers, qui a fait écrire son bouquin par un nègre blanc.

                                            Ce livre est en vente chez thebookedition, qui le vend à la demande et en libre édition. Ce témoignage  et ce sujet me passionne alors chaque semaine je vais essayer de faire paraitre quelques pages qui pourront être soumise à discutions. J'espère pouvoir lever le voile de ce qui ce passe au delà des murs. Pour info je suis gradé a la retraite d'établissement pénitentiaire.

 

                                     POURQUOI MATON 

  C'est parce que l'on regarde par l'œilleton de la porte. Dans le langage populaire “Nous matons” Donc nous sommes des matons. Les matons ne sont pas ceux que nous croyons. Ce sont les détenus. Ils cassent la vitre de l'œilleton, brise un bout de miroir le colle sur un manche de brosse à dent. Ensuite ils peuvent “Mater” A loisir nos mouvements, devançant même notre venue dans leur cellule, nous devenons les “Matés” De 150 paires d’yeux.

                                Nous épier, observer leur permet de mieux cerner l'agent qui officie. Ensuite, à leur guise, ils pourront à loisir exploiter les faiblesses de celui ci, voir le corrompre. Cela est une autre histoire que nous materons plus tard. Le plus dangereux dans cette histoire, c’est souvent arrivé à mes collègues est de se faire blesser, voir même manquer de perdre un œil. Au moment de regarder dans l'œilleton. Un de ces angelots fait sortir un bout de glace effilé et sans mauvaises intentions enfonce celui ci dans la cornée du surveillant.

  Je tiens à préciser que cette institution est indispensable pour le bon fonctionnement d'un état démocratique, mais que trop démocratie à l'intérieure des prisons produit l'effet inverse à celui espérer.

 

                              QUI SUIS-JE ?

 

                   Je m'appelle  Alain  H. j'ai  la cinquantaine passée, je suis premier surveillant major rétrogradé au centre pénitentiaire du Pontet-Avignon. A l'heure ou a sonne la sortie, il me semble utile de raconter assez brièvement ce qu'il s'est passé entre le 13 décembre 1953 et le 31 juillet 1984. J’espère  montrer à beaucoup de jeunes ou moins jeunes que rien n'est jamais figé dans la vie et le temps. Quelques soient les handicaps physiques ou intellectuels, avec de la volonté on peut toujours s'en sortir. Pour moi cela a été la pénitentiaire. Pour d'autre cela peut être un autre métier de la fonction public ou se découvrir même tardivement un gagne-pain qui l’épanouira, même si ce job est contre sa nature au premier abord.

                               Le dimanche 13 décembre 1953 vers 19 heures dans une gendarmerie à Koléa en Algérie, j'ai poussé mon premier cri. J'étais un beau bébé sage pas turbulent, d'après ce que l'on m'a rapporté, jusqu'au jour ou il fallut que je rentre en maternelle.

                               C'est alors que le destin à commencer à me jouer son premier mauvais tour. Je suis tombé sur la pire de toutes les institutrices. Me voyant écrire de la main gauche avec naturel et aisance, ce cerbère en jupon en a décidé autrement. Elle m’a mis un point sur la main droite, comme si cela ne suffisait pas c'est la main gauche qu'elle m'attacha dans le dos. Aujourd'hui encore je me souviens de ce point rouge comme une tache de sang indélébile qui restera toujours fichée sur la main droite. Alors le petit adorable bambin aux boucles presque blondes est devenu une machine incontrôlable. Je faisais des tics des yeux, mes parents allant de docteurs en docteurs, pour essayer de guérir ce qui semblait être un enfant définitivement, irrécupérable pour vivre dans cette société. J’étais une sorte de pantin désarticulé avec des tocs incontrôlables, des bégaiements et des mots incompréhensibles.

                               En 1962 après l’indépendance de l’Algérie je suis arrivé en Avignon. Cela n'a pas été beaucoup plus facile. Malgré que mes parents soient sur la bonne voix pour limiter les dégâts causés par une institutrice employant des méthodes fascistes d'un autre temps envers les gauchers. Alors pendants mes années de scolarité j'ai eu beaucoup de mal à suivre. Je me faisais maltraiter à longueur de journée, gaucher contrarié "con" de service ou demeuré que l'on avait facilement sous la main pour pouvoir rire tranquille. Je me demande avec le recul si inconsciemment cela ne me plaisait pas un peu et me servait de bonnes excuses pour tout ce que je ratais ou ne voulais pas faire.

                                Vingt ans, l'armée avec un niveau de CAP d'aide comptable et ajusteur mécanique. Je suis dans la marine, le cocasse c’est que les 11 mois après les classes, je suis resté dans un bureau à la Canebière à Marseille et je n'ai mis pas l'orteil sur un bateau.

                               Je sors de l'armée ou j'ai obtenu le droit de faire un stage de formation pour adultes. En 1973 j'ai connu celle qui allait devenir mon épouse en 1975 Hortense. Entre temps je fais un cours séjour à l'école de police de Sens (6 mois) Pour quelques points je rate ma première tentative d'entrée dans la fonction publique. Je pense avoir été encore trop sous l'emprise de mai 1968 « Sous les pavés la plage » « Il est interdit d'interdire, CRS SS » Utopique, je disais à mes collègues « Pourquoi empêcher les manifs, frapper ces honnêtes gens qui sont là pour défendre leurs acquis, moi je suis de leur coté, nous ferions mieux de nous occuper des délinquants » Ce manque de maturité allié à une trop grande naïveté face à la vie fait que je suis revenu en Avignon.

                               Je fais divers métiers divers, peu valorisant, et me marie en septembre 1975. Je continue à ramer allant de petits métiers en petits métiers en août 1977 naît Céline. A cette période, je décroche mon seul diplôme un CFPA chauffagiste. Le hasard me fait rentrer dans une petite entreprise Venticlim, avec un adorable patron M Vachal né comme moi de l'autre coté de la méditerranée, mes fonctions sont plus creuser ou reboucher des trous que plombier, aux autres les boulots nobles.

                               Grâce à cette opportunité je me retrouve en Arabie Saoudite. J'ai côtoyé la peur, en atterrissant sur le sol de l'aéroport de Djedda. Au moment de retirer mes bagages les douaniers saoudiens sont aperçus que j'avais de l'Antésite ou il était marqué « sans alcool ». Ils me disaient que l'alcool était interdit, j'ai eu beaucoup de mal à leur faire comprendre que c'était sans alcool. On sort de l’aéroport  une chaleur étouffante 50° a 23h30 nous sommes moites, des porteurs partout qui veulent nous arracher nos bagages et enfin je viens d'apprendre qu'un homme venait de se faire décapiter sur la place publique à coups de sabre pour adultère.

                               J'ai vu des êtres humains par 50° avec des marteaux piqueurs faire des tranchées. J’ai découvert des souks multicolores avec de fortes odeurs d'épices qui comblaient le bonheur olfactif. J'ai vu de l'incroyable pour nous européens. Des bureaux de change à ciel ouvert ou des liasses de dollars étaient étendus sur des fils comme du linge. J'ai vu la misère la plus affreuse. Des hommes aux mains coupées pour avoir volés, des mendiants dans des sortes de caisses à roulettes avec d'anciens fers à repasser pour avancer. Ensuite comme un contraste presque insoutenable, des Saoudiens dans des djellabas à la blancheur immaculée portant keffieh à carreaux rouges et blancs sur la tête. Le cou et les bras recouverts d'or, même leurs cigarettes avaient des bouts dorés. Les voitures longues comme des jours sans fin. Nous sentions bien que le pétrole les avait rendus notables. Les femmes j’en ai vu très peu et toujours derrières les hommes, voilées ne laissant apparaître que les yeux, soumises, inexistantes dans ce pays consacré à l'homme. Je me suis toujours demandé comment ces hommes et ces femmes pouvaient s'aimer et faire des enfants ensembles avec le poids de la soumission, tout acte sexuel d'un homme devient viol.

                               De retour, je continue affaires trente six métiers, trente six misères avec toujours l'espoir que ça irait mieux le lendemain. L'année 1981 m’amène un deuxième bonheur avec des joues roses Yaële ma seconde fille.

                               A l'approche de mes trente ans qu'avais-je fais ?

                               Je me suis fait embaucher dans une entreprise Tomasud ou j'étais manutentionnaire. J’ai eu la chance, en l'absence du responsable de vente de carrelage, de faire le meilleur chiffre de vente de la région. Je m'étais investi énormément, et j’ai été gratifié grassement de 12 bouteilles de cotes du Rhône. J'étais déçu. J’osais espérer une reconnaissance plus valorisante. J’avais l’espoir de commencer à grimper dans la hiérarchie de cette entreprise. Au lieu de cela je continuais à distribuer des sacs de sable et des sacs de ciment pour le SMIG. Dépité j'ai changé d'entreprise pour un salaire de 5 % de mieux.

                               Avec Hortense huit ans de mariage deux mômes en bas âge, mes rêves s'étaient envolés. Je l'avais vu comme le soleil, alors qu'il n'en était rien de son coté. Moi j’étais aveuglé, par l’utopie  que ce premier amour. J’espérais, qu’il serait celui de toute ma vie. Je voulais reproduire le schéma de longévité de mes parents. J'ai toujours espéré, qu'elle serait l'inaccessible étoile.

                               Je savais que je ne pourrai jamais vivre dans ces conditions. Si tel était le cas la vie ne valait pas d’être vécue. Il m'était insupportable d'être un  raté. De gagner le SMIG le reste de mon existence correspondait à un suicide, malgré tout l'amour que j'ai pour les miens. Idiot de service, pauvre type, aux yeux de ceux que je rencontrais, me ramenait toujours au néant. J’étais avec une compagne manquant de tendresse, sans refuge pour m'aider à mieux passer ces moments de déprime, et je ne parle pas d'une belle-famille odieuse et perverse.

                               C’est paradoxal. Je suis une personne intelligente avec des raisonnements pointus sur bons nombres de problèmes qui sont rencontrés dans la vie sociale. Cette intelligence me permet d’être au-dessus de beaucoup de personnes rencontrées, qui me prennent pour un imbécile, alors que je les méprises. Je préfère les laisser croire, ce qui leur plait. C’est souvent cette deuxième approche qui surprend beaucoup de personne. Derrière cette vitrine, toute en bazar se trouve un être d’une autre dimension sociale et intellectuelle.

                               Comme le disait Maurice Pialat à la sortie du film sous le soleil de Satan : « Si vous ne m’aimez  pas, sachez que moi je ne vous aime pas ». Je dédie cette phrase à tous les gens qui se croyaient intelligents en me traitant comme retardé et à tous les « déchets putrides » de la terre et dieu sait s’il y en a.

                               Le hasard m'a fait rencontrer un homme qui m'a dit « pourquoi ne pas entrer dans la pénitentiaire ». Je l'ai pris pour un fou « moi gardien de prison ! ». Il m'a répondu « Deux fois le SMIG sans compter les avantages de la fonction publique »  L'idée a fait son chemin, comment pourrai-je y arriver ? Un type comme moi sans envergure qui a peur d'un pigeon mort, naïf, gentil, se retrouver face à des serials killer, violeurs, caïds, parrains du milieu, je me ferais manger tout cru.

                               J'ai réfléchi. Je sais c'est devant l'adversité que je suis le meilleurs. Ce défi il fallait que je le relève. Il était existentiel. Ma vie et celle des miens en dépendaient. C'est pour cela que courant mars je me suis retrouvé devant la caserne des pompiers d’Avignon avec mon ami Vincent qui a eu un destin tragique. J'ai réussi l'examen voilà pourquoi cela a été !!!!!!!!!!

 

 

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Published by sorelisa
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  • : RÉFLEXION SUR LE MONDE CARCÉRAL D'ÂPRES MON LIVRE " UN PAS AU-DELÀ DES MURS" OU J'AI PASSE 25 ANS COMME MAJOR DE CETTE ADMINISTRATION.
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